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OUT OF SIGHT (1998) Out of Sight se situe quelque part entre la comédie, le drame, une histoire de crime typiquement américaine et une touche de romance savamment nuancée que Soderbergh ne cherche jamais à surexposer. Le point central de cet univers demeure par contre les personnages principaux qui flirtent constamment avec leur opposé dans l’un où l’autre des deux camps. Le scénario superbement adapté du roman de Leonard par Scott Frank évite de ce fait plusieurs pièges d’usages collant depuis longtemps à cette formule sans pour autant les ignorer, préférant plutôt en rire sans que le ton ne devienne parodique. Le réalisateur américain s’avère aussi un créateur d’ambiances tout simplement phénoménal qui possède du même coup un don inné pour le rythme. Visuellement, les efforts de Soderbergh s’avèrent toujours extrêmement maniérés, notamment au niveau de la photographie qui se démarque par un traitement des couleurs particulièrement brillant et souvent symbolique. Le cinéaste se montre également adroit lors des scènes dramatiques et de séduction alors que dans ce cas-ci, il nous convie à l’un des moments forts de sa filmographie lors des retrouvailles dans le bar d’un hôtel de Détroit entre Jack et Karen, divisant cette scène en plusieurs temps où il n’y a que la conversation entre les deux individus qui demeure linéaire et sert du même coup de fil conducteur à la scène. La musique aussi occupe une place assez importante dans les univers de Soderbergh. Out of Sight nous propose ainsi un mélange des élans glauques électro-ambiants de David Holmes et de vieilles chansons rocks et blues qui forment en définitive une trame sonore qui n’a rien à envier à celles des films de Tarantino. Le film marque également la première d’une longue série de collaboration entre Steven Soderbergh et George Clooney, rôle qui permit d’ailleurs à ce dernier de se remettre du médiocre Batman & Robin de l’année précédente et de lancer sérieusement sa carrière au cinéma. Il faut dire qu’avec les années, on se rend bien compte de l’importance du réalisateur dans le paysage hollywoodien, où il aura contribué plus souvent qu’à son tour au regain de vie et à la lancé de nombreux acteurs de premier ordre. Out of Sight ne faisant pas exception à la règle, Soderbergh parvient encore ici à aller chercher le meilleur de sa distribution tout en laissant les choses évoluer dans un cadre plutôt décontracté. Aux côtés de gros noms des années 2000 comme Don Cheadle et Ving Rhames, Jennifer Lopez, alors connue pour sa performance dans Selena et non sa vie amoureuse, se tire également bien d’affaire sous la tutelle du cinéaste. S’inscrivant dans la vague de films qui dessinèrent les traits du nouveau monde des «gangsters» à la sauce hollywoodienne durant la seconde moitié des années 90 tels Pulp Fiction, Jackie Brown et, dans un registre différent, Get Shorty, Out of Sight se positionne particulièrement bien dans ce renouveau grandement inspiré des écrits d’Elmore Leonard où y règne une touche d’humour noir et d’ironie assez prononcé dans un récit non linéaire rendu possible grâce à quelques retours en arrière et une série de scènes cisaillées qui avaient déjà marqué la plupart des sorties précédentes du genre. Il faut dire que Steven Soderbergh affectionne lui aussi ce type de mise en scène et parvient ici à y imposer sa signature, et même élaborer ce qui deviendra plus tard une de ses nombreuses marques de commerce. Même si le présent effort restera probablement un des moins visités de la filmographie populaire du cinéaste américain, il en ressort néanmoins un divertissement aussi «cool» et intelligent qu’un Ocean’s Eleven qui s’affiche sous un enrobage esthétique aussi solidement élaboré que celui de l’excellent The Limey. ![]() Version française : Loin des regards Scénario : Scott Frank, Elmore Leonard (roman) Distribution : George Clooney, Jennifer Lopez, Ving Rhames, Don Cheadle Durée : 123 minutes Origine : États-Unis |
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