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OLDBOY (2003) C’est bien connu: la vengeance est un plat qui se mange froid, dicton célèbre utilisé depuis des lunes au cinéma. Comme plusieurs de ces films, Oldboy s’interroge sur le sens de cette phrase du point de vue d’un personnage pour qui la soif d’auto-justice est devenue l’unique raison d’être, tout en remettant en question sa valadité une fois cette soif étanchée. Par contre, même si elle prend une place tout de même omniprésente dans cette intrigue, le film de Park Chan-Wook ne se base pas entièrement sur cette seule interrogation. Se positionnant plutôt loin de la manière Tarantinienne, sans rien vouloir enlever au talent incontestable de ce dernier, Oldboy pousse tout de même l’audace un peu plus loin en dévoilant certaines notions psychologiques et même philosophiques beaucoup plus sournoises dans une histoire où il ne s’agit pas de trouver des réponses, mais bien de (se) poser les bonnes questions. Le réalisateur nous entraine donc dans un tourbillon confus assez grinçant, plaçant adroitement le spectateur au même niveau que son principal intéressé pour rendre son effort imprévisible, ce qui est un énorme plus dans le genre. Et comme il fallait s’y attendre, Oldboy se caractérise également par sa violence visuelle, mais qui laisse tout de même place à des scènes d’action saisissantes, dont une déjà célèbre habilement composée d’un seul plan séquence suivant un long couloir de gauche à droite. Mais Park Chan-Wook n’a pas fait non plus de son film une orgie de sang, de scènes de mutilations et de tortures, comme c’était le cas dans Ichi the Killer de Takashi Miike par exemple. Là où Miike ne misait somme toute que sur l’exploitation graphique de sa dégueulasserie ambulante pour choquer, Park Chan-Wook a su à l’opposé jouer d’un peu plus de finesse, faisant référence à cette violence sans nécessairement l’exposer, préférant en bout de ligne miser sur la suggestion sans pour autant écarter l'utilisation d'hémoglobine. Une retenue exemplaire qui est tout à son honneur. Les nombreuses références de style effectuées par le cinéaste sud-coréen rendent également son effort remarquable visuellement, notamment au niveau du montage qui mélange d’une part astucieusement le passé au présent et vice versa, tout en y étant pour beaucoup en ce qui a trait au rythme du film incroyablement soutenu d’un bout à l’autre, et où l’effort musical à la fois électronique et classique entre aussi en ligne de compte, le tout rappelant entre autre l’efficacité hallucinante du Run Lola Run de Tom Tykwer. Ce nouvel effort de Park Chan-Wook se donne donc souvent des airs de tragédie et de film noir tout en épousant des atmosphères typiquement animées. Le tout est d’ailleurs dirigé sous une optique si imposante et contrôlée que ces trois approches finissent par ne faire qu’une seule. L’acteur Choi Min-Sik termine à lui seul cet amalgame visuel par son interprétation délirante d’un personnage complètement déchiré psychologiquement (et physiquement), mais demeurant néanmoins inébranlable face à son désir de vengeance. Oldboy se démarque donc dans la manière peu commune qu’il aborde ce sujet, cachant même une certaine morale sous un coup de théâtre final aussi surprenant que malsain. L’opus de Park Chan-Wook a donc le mérite de ne pas être prétexte qu’à une série d’éclaboussures de sang dans un genre souvent saturé par une violence exagérée, tentant de compenser dans le pire des cas pour un scénario déficient, et d’avoir réellement chercher à culminer sur une mise en scène aussi brutale que fragile. ![]() Version française : 15 ans volés Scénario : Hwang Jo-Yun, Lim Chun-Hyeong Distribution : Choi Min-Sik, Yu Ji-Tae, Kang Hye-Jeong, Ji Dae-Han Durée : 120 minutes Origine : Corée du Sud |
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