|
|
NÔ (1998) Dès le départ, Nô instaure le principe que les séquences montréalaises sont tournées en noir et blanc dans un style relativement sobre tandis que les scènes se déroulant au Japon sont en couleur et exploitent des décors plus relevés ainsi que des méthodes de tournage plus stylisées. Cette construction visuelle rend plus tangible la distance qui sépare Michel et Sophie alors qu'ils vivent tous deux des événements marquants. Le film de Lepage traite d'identité culturelle et d'identité personnelle, parfois des conflits entre ces deux notions. Alors que Michel et ses camarades s'apprêtent à poser une bombe, le voici remettant en question la syntaxe et l'orthographe du communiqué écrit par un de ses comparses. Les mots sont au coeur de ce combat et il faut prêcher par l'exemple si on espère triompher. Ses amis moins portés sur l'aspect intellectuel de la lutte ne voient pas les choses de la même façon. Mais plutôt que de faire de ses réflexions le pivot central de son film, Lepage s'efforce avec Nô de livrer de prime abord une bonne comédie bien rythmée. D'où les références formelles à Feydeau qui informent le gag final du segment d'Osaka ainsi que le momentum comique remarquable de plusieurs des scènes montréalaises. Les dialogues fonctionnent au quart de tour tandis que les situations comiques se multiplient à un rythme effréné. Le souper que Sophie doit endurer avec l'attaché culturel du Canada et sa femme snob, pincée, arrogante et méprisante est un savoureux exercice d'hypocrisie qui finit par éclater. Ce débat entre deux agents de la GRC qui tentent de définir le nombre d'individus se trouvant dans l'appartement de Michel à partir de la nature de leur commande de poulet fonctionne merveilleusement bien. Si Lepage espérait livrer avec Nô une comédie solide, il y arrive sans problème. Là où les intentions de Lepage demeurent vagues, où le spectateur est en droit de se demander si le réalisateur n'a pas raté la cible, c'est au niveau thématique. Éparpillé, parfois même confus, le propos de Nô demeure difficile à saisir. Les thèmes se multiplient sans toujours se réunir en une même idée directrice. Heureusement, un épilogue se déroulant le soir du premier échec référendaire arrive plus ou moins à relier les différentes tangentes que prend le scénario pour concrétiser le film en une espèce de réflexion sur l'absence de projets communs au sein du couple, révélé par l'effondrement de ce projet social commun qu'est la souveraineté. Viendront ensuite les années 80 et le repli sur l'individu. Nô fonctionne d'abord et avant tout à titre de comédie intellectuelle bien ficelée et bien jouée que Lepage dirige comme à l'habitude avec un grand flair visuel. Sachant ici faire le pont entre le théâtre et le cinéma, le dramaturge y confirme une fois de plus qu'il mérite une caméra ainsi que son titre de réalisateur. Ses transitions finement ciselées et son sens aiguisé de la narration filmique rehaussent un film drôle et sympathique mais parfois un peu confus, que l'on écoute tout de même avec un grand plaisir. ![]() Version française : - Scénario : Robert Lepage, André Morency Distribution : Anne-Marie Cadieux, Alexis Martin, Marie Brassard, Richard Fréchette Durée : 85 minutes Origine : Québec |
|