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THE MATRIX (1999) Soit, avant le film d’action, The Matrix propose au départ une problématique. Qu’adviendrait-il du jour où vous découvririez que la totalité de votre existence dans ses moindres détails, de votre carrière professionnelle jusqu’au gout de votre plat favori, n’est qu’un horrible mensonge et que le but de votre vie sur cette planète n’est que d’être une batterie d’un système mécanique qui a surpassé la race humaine? On vous mentionne toutefois qu’il y a un espoir. La prophétie annonce la venue d’un élu qui rétablirait un juste équilibre et sortirait l’humanité de son trou. Qui plus est, cet être unique est peut-être vous. Quel choix allez-vous faire? Rester prisonnier d’une illusion qui n’en demeure pas pour le moins apaisante? Ou allez-vous tenter de faire la part des choses en vous confrontant à ce qu’il reste réellement du monde? La pilule bleu ou la rouge, Neo? Au départ, l’idée de la recherche d’un être choisi, du dernier espoir, ou du médiateur n’est pas une trouvaille significative. Si l’on pense avant tout à Star Wars, le registre de la science-fiction dans lequel vient s’inscrire le film d’Andy et Larry Wachowski fait plutôt référence à des chef-d’œuvres comme le Metropolis de Fritz Lang ou à des films demeurés plus obscurs tel Dark City par exemple. Le film explore également une thématique sociale émanant d’une préoccupation de certains ne voyant plus de sens en le monde qu’ils doivent servir et qui fut assez présente au cinéma à la fin des années 90, dépeignant la volonté d’un regain de contrôle sur une existence souvent orchestrée dans la même lignée que les choix imposées par le monde extérieur. D’autre part, la dynamique de The Matrix emprunte aussi beaucoup à celle de l’animation japonaise. Mais attention, il ne faut pas non plus s’imaginer que toutes ces sources d’approvisionnement de l’imaginaire ne sont qu’un vulgaire défaut. À bien des égards, le tout se révèle comme une force. Si le présent film est doté d’une approche beaucoup plus grand public que ses prédécesseurs, le mélange astucieux arborant la forme esthétique de plusieurs époques, partant d’une architecture émanant des premiers films de détective nous amenant ensuite jusqu’à l’allure délabrée d’un futur apocalyptique viennent témoigner du soin avec lequel les deux cinéastes ont su utiliser ces diverses idées. Une autre force de l’opus s’avère être celle de la transition entre les scènes hautes en adrénaline et la volonté de traiter l’univers du film le plus humblement possible. Une scène comme celle de l’Oracle par exemple, qui aurait pu donné lieu à de faux effets de grandeur, est à l’opposée développée avec une étonnante modestie. Sur une note esthétique, le film demeure d’ailleurs assez soigné. Le mélange énoncé plus haut vient fortement contribué à l’approche visuelle des deux réalisateurs, et ce surtout au niveau de la photographie qui vient faire bon usage d’une composition prise entre deux époques. Impossible également de ne pas parler du désormais célèbre effet bullet-time. Ce concept créé de toutes pièces par le brillant réalisateur français Michel Gondry pour le vidéo-clip de la chanson Like a Rolling Stone du groupe rock mythique The Rolling Stones fut ici repris par les frère Wachowski où ces derniers entrent en ligne de compte dans la manière dont ils y ont incorporé la fluidité d’une série de mouvements. Comme l’action et le kung-fu occupent également une place dominante dans le récit, les deux frangins se sont bien évidemment entouré d’une équipe de choix pour s’assurer que le résultat soit explosif. Ce groupe compte d’ailleurs parmi ses membres le légendaire chorégraphe du cinéma de Hong Kong Yuen Woo-ping, à qui l’ont doit notamment l’élaboration des scènes de combats de productions telles Kill Bill et Crouching Tiger, Hidden Dragon pour ne nommer que celles-là. Le film sait toutefois allier un dosage surprenant et bien géré entre les scènes d’arts martiaux et de fusillades et la teneur philosophique du scénario surtout associée à l’allégorie de la caverne de Platon. Il ne fait aucun doute que la valeur de production de The Matrix est absolument immense. La minutieuse préparation derrière chaque élément de ce film vaut sa part de louanges. Cependant, la matière même de l’essai ne s’éloigne malheureusement pas assez de ce qui s’est fait dans le passé dans ce domaine pour que l’on puisse considérer l’œuvre des frères Wachowski comme l’élu du genre. La tentative de ces derniers de recréer la dynamique d’un animé tout en délivrant leur discours d’une manière sophistiquée est néanmoins une mission accomplie. Il n’aurait fallu qu’un simple «The End» à la toute fin du présent film pour terminer cette histoire en beauté. ![]() Version française : La Matrice Scénario : Andy Wachowski, Larry Wachowski Distribution : Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss Durée : 136 minutes Origine : États-Unis |
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