|
|
THE KILLING OF A CHINESE BOOKIE (1976) Avec The Killing of a Chinese Bookie, le réalisateur américain nous plonge dans l'univers de Cosmo (Ben Gazzara), le confiant propriétaire d'un club de nuit qui a dédié sa vie à cultiver son image cool et détachée. Joueur invétéré, Cosmo a accumulé une sérieuse dette de jeu sans trop savoir comment la repayer. Ses créanciers lui font une offre: sa dette sera effacée s'il commet un meurtre pour eux. C'est à partir de cette prémisse connue que Cassavetes développe son étude de personnages. Ce sont eux qui serviront de moteur au film. Tous, jusqu'au plus petit, sont approchés avec une soigneuse attention, scrutés d'un regard perçant qui cherche à révéler leur âme. Ils sont pour Cassavetes la raison d'être même du cinéma. Par la même occasion, le réalisateur américain offre une alternative aux films de gangsters violents de Scorsese, par exemple, préférant miser sur le réalisme psychologique plutôt que sur le choc visuel. The Killing of a Chinese Bookie ne se regarde pas comme un opéra urbain cru et dur. Ses protagonistes semblent blasés, concentrés à élaborer une façade de dur qui sait comment fonctionne le monde plutôt que sur la satisfaction de leurs besoins humains. Alors que les habitants du monde de Scorsese sont victimes de leur milieu, les humains, chez Cassavetes, sont victimes d'eux-mêmes. À la toute fin du film, Cosmo laisse tomber ce mur qu'il avait construit lorsqu'il s'adresse au public de l'un de ses spectacles. Il se met pour une fois à nu devant tous sur cette même scène où les femmes qui se dénudent jouent au contraire au jeu des apparences en servant une caricature de fantasme sexuel. En toute logique, la caméra dans un tel essai se doit de rester sobre, et c'est exactement ce que fait ici Cassavetes. Plusieurs accuseront la présentation de laisser à désirer, mais il est nécessaire de la prendre comme une extension de la réflexion et du propos de l'auteur. À ce niveau, elle fonctionne en parfaite harmonie avec cette perception qu'avait Cassavetes du cinéma. Il recherche l'absence de style et rejette la beauté, ce sont les ennemis naturels de l'authenticité. On peut accrocher ou non, mais il est impossible de nier que l'Américain avait de la suite dans les idées, que son cinéma était une extension de ses théories et de sa personne. C'est par dégout pour toutes les limites et les conventions imposées par l'industrie que John Cassavetes s'était réfugié en marge de celle-ci. Sa quête de vérité dans un univers d'illusions et de faux-semblants aura inspirer plus d'un cinéaste. Mais il est intéressant de voir que ses films, même aujourd'hui, demeurent frais et vrais, qu'ils intéressent toujours malgré le passage du temps. La vie capturée sur une pellicule ne vieillit pas. Elle y reste fixée à jamais. The Killing of a Chinese Bookie s'avère une expérience fort accomplie sur la nature humaine. Son personnage principal, à force de consommer des films de gangsters, se crée lui-même à partir de cette image qu'on lui a servi. Avec son film, Cassavetes tente de détruire cette préconception pour présenter plutôt un être humain, avec tout ce que cela sous-entend de faiblesses et de contradictions. Le portrait est peut-être moins glorieux, mais sans doute plus authentique. ![]() Version française : - Scénario : John Cassavetes Distribution : Ben Gazzara, Timothy Carey, Seymour Cassel, Robert Phillips Durée : 135 minutes Origine : États-Unis |
|