ALIENS (1986)
James Cameron
Par Jean-François Vandeuren
Ce qu’il y a probablement de plus surprenant avec cette suite
à l’excellent film de Ridley Scott, c’est la réputation
qui collait à la production avant même qu’elle ne
démarre alors que l’on considérait le futur film
de Cameron comme étant un projet voué aux oubliettes.
Pourtant, à sa sortie, le film n’a aucunement déçu
et est encore considéré aujourd’hui comme étant
une oeuvre de marque de son genre. Il faut dire que James Cameron y
est allé ici avec ce qu’il sait faire de mieux : une production
extrêmement tape à l’oeil bourrée d’effets
spéciaux et de scènes d’action d’une efficacité
mémorable, tout en réussissant à garder un certain
cap sur un niveau de qualité en ce qui a trait à la trame
du récit. Sans atteindre la finesse du premier, ce second opus
d’une série mythique réussit tout de même
à être à la hauteur de son titre tout en gardant
comme but principal d’être divertissant à souhait.
Mission accomplie.
Après avoir passée plus d’une cinquantaine d’années
à errer malgré elle dans l’espace, Helen Ripley
est finalement retrouvée vivante et ramenée à une
base spatiale en orbite autour de la Terre. Quelques temps après
son arrivée, les autorités apprennent qu’aucun signe
de vie n’a été reçu dernièrement de
la part d’une colonie tentant d’aménager l’environnement
de la planète d’où provenait le fameux étranger
du premier opus. Le personnage interprété par Sigourney
Weaver est donc appelé à joindre un groupe de marines
pour aller examiner la situation de plus près. Ils y trouveront
des emplacements coloniaux ayant pris des allures de nid pour ces aliens.
Comme le dit si bien le slogan : cette fois-ci, c’est la guerre.
Ah Hollywood et sa traditionnelle obsession de reproduire exponentiellement
dans une suite les éléments clés qui ont fait le
succès commercial du premier! En parler est pratiquement devenu
redondant. Mais si on fait un peu la part des choses, ce que l’on
remarque désormais est que redécouvrir encore aujourd’hui
un film comme Aliens nous rappelle à quel point à
l’époque on essayait encore dans la ville mère des
grosses productions américaines de faire des films qui réussiraient
à traverser l’épreuve du temps, plutôt que
de faire des productions à la chaîne pour une simple question
d’argent, qu’ils restent dans la mémoire des spectateurs
plus de dix minutes après le spectacle ou non. Contrairement
à aujourd’hui, autant Aliens est ce à quoi
tout le monde pouvait s’attendre logiquement d’une suite
à un film du genre, autant les éléments abordés
et développés dans le film de Cameron sont bien nantis
et proposés avec intelligence et une certaine finesse.
Au niveau du récit, l’élément qui retient
principalement l’attention est la présentation métaphorique
que le film fait de la Guerre du Viêt-Nam. L’humiliation
déjà plus d’une décennie derrière,
les cinéastes américains comme Oliver Stone s’en
sont donné à coeur joie au cours des années 1980
en amenant à l’avant-scène plusieurs oeuvres dépeignant
sous tous les angles possibles le désastre pour les Américains
que fut ce conflit. Cameron, plutôt que de retourner dans la jungle,
a plutôt transposé le tout dans l’espace. Il y est
d’ailleurs allé de mains de maître dans le développement
de cette image en en dépeignant les grandes lignes telles que
la trop grande assurance des marines arrivant sur les lieux, gonflés
à bloc avec leur arsenal à la fine pointe de la technologie,
n’ayant cependant pas pris en considération l’avantage
crucial de leur ennemi : le territoire, utilisé dans les moindres
recoins et tunnels par ces étrangers devenant alors invisibles
et prêts à surgir de n’importe où. Un autre
élément important à la série fut aussi poursuivi
dans cet épisode, soit la présentation du cycle de reproduction
de l’espèce où l’idée de la ruche était
développée plus en détails que dans le film précédent
et encore ici, beaucoup à se mettre sous la dent si vous êtes
un fan des films de science-fiction. Ce qu’il y a d’extraordinaire
justement dans ce cas-ci, comparativement aux autres films mélangeant
à la fois action, horreur et science-fiction, c’est qu’on
a vraiment traité la bête en y développant une origine
et un comportement physique et psychologique qui deviennent tout simplement
fascinant à l’écoute, et même au-delà
du film.
D'autre part, l'aspect retenant l’attention sur le plan de la
réalisation, comme vous le savez sûrement déjà,
est que chacun des quatre volets fut réalisés par un cinéaste
différent et encore à ses débuts à Hollywood
à l’époque. Comment s’en est tiré Cameron?
Dans la dynamique du film, très bien. Sa réalisation volontairement
et efficacement mouvementée rappelle des éléments
du film de guerre traditionnel. Il a tout de même réussi
à ajouter une certaine signature à son visuel, de sorte
que, sans atteindre l’étoffe d’une réalisation
signée David Fincher ou Jean-Pierre Jeunet, son travail derrière
la caméra est fort appréciable. Au niveau de l’histoire,
malgré une aventure s’étalant sur plus de deux heures,
le film ne s’essouffle pas. Le rythme entre l’action et
le développement de la mise en situation est bien dosé.
Le casting vient également supporter cette dynamique avec une
excellente interprétation. Weaver resplendit en créant
un personnage culte et en prouvant, par une nomination aux Oscars d’ailleurs,
qu’il y a de la place pour le jeu d’acteur dans une production
surtout centrée sur l’action.
Bref, de cette saga incontournable, le volet de Cameron est sans doute
celui que j’ai le moins aimé. Il s’agit tout de même
d’un film fort solide et divertissant qui a tout pour satisfaire
les adeptes de science-fiction et d'action. Un film d’action bien
fait qui a de quoi à nous rappeler le bon temps où le
cinéma de divertissement pouvait déplacer en masse d’air
et être imposant en effets spéciaux et en explosions tout
en possédant des qualités cinématographiques indéniables.
Aliens demeure un film clé en son genre, mais réserve
malheureusement que peu de surprises. La suite logique.
Version française :
Aliens : Le retour
Scénario :
James Cameron, David Giler
Distribution :
Sigourney Weaver, Carrie Henn, Lance Henriksen,
Bill Paxton
Durée :
137 minutes / 154 minutes (Director's cut)
Origine :
États-Unis
Publiée le :
8 Janvier 2004