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ALIEN: RESURRECTION (1997)
Jean-Pierre Jeunet

Par Jean-François Vandeuren

D’une saga qui débuta par l’entremise d’une œuvre qui allait redéfinir le genre, suivit la suite évidente aux airs de film d’action que tous attendaient. Mais au lieu de reprendre ce seul et même principe à perpétuité, ou du moins jusqu’à ce que la série ne soit plus rentable, certains ont vu en Alien l’opportunité de répéter les prouesses cinématographiques du premier film en élaborant toutefois sur de nouveaux concepts afin de faire autre chose qu’un simple récit opposant une bande d’humains à une bestiole sanguinaire. Il y aura eu tout d’abord la tournure psychologique incomprise que fut Alien³ et par la suite, Jean-Pierre Jeunet suivit les traces de David Fincher pour porter sa signature au registre de la série. Réaction générale, comme pour le gage précédent, l’expérience qui résulta en Alien Resurrection fut tout aussi critiquée sinon plus, l’approche se tenant encore plus loin des deux premiers épisodes, ce qui a encore une fois déçu ceux espérant voir la saga reprendre le cap entrepris par James Cameron. Mais en même temps, il était impossible en voyant le nom du cinéaste qui a redoré l’image du cinéma fantastique attaché à ce projet de s’attendre à un quatrième volet des plus conventionnels. Jeunet y a tout de même fait certaines concessions. Il ne restait qu’au public d’en faire autant.

D’entrée de jeu, ce quatrième opus n’est pas ce que l’on pourrait qualifier des plus utiles et ce surtout suite à la formidable conclusion du film de David Fincher qui venait mettre un terme à une trilogie d’une manière ingénieuse et on ne peut plus adéquate. Mais comme il était aussi évident qu’un nouveau Alien allait voir le jour tôt ou tard, ce que nous offre Jeunet comme prémisse est bien loin du désastre potentiel qui aurait pu en résulter, même si plusieurs l’ont tout de même perçu ainsi. Heureusement, dès le départ, cette résurrection se concrétise par une fluidité assez remarquable en jouant sur une mise en scène et un montage directs nous évitant les stades précédents du projet qui aurait pu ternir l’efficacité de cette introduction. Généralement, d’un point de vue purement esthétique, la composition visuelle de Jean-Pierre Jeunet demeure égale à elle-même, soit irréprochable. Sans cette approche usant de l’allure poétique des cadrages et des mouvements de caméra de ce dernier juxtaposé à l’habituelle sublime photographie présente dans ses deux premiers films, venant d’ailleurs rappeler l’univers sali d’Alien³, un autre cinéaste aurait surement eu peine à incorporer en images plusieurs des idées étranges mises sur papier. Cette mixture vient d’autant plus superbement servir le climat malsain et parfois même sadique régnant dans cet effort se voulant la bizarrerie de la série.

Ambiance qui vient d’ailleurs fortement jouer sur le changement de ton conféré à ce quatrième film. La transition établissant le mieux ce rapport est celle des plus drastiques de l’attitude du personnage de Ripley, encore une fois interprété de manière éclatante par Sigourney Weaver. De ce fait, sa résurrection, et surtout les raisons entourant cet évènement, auront fait disparaitre en elle la figure maternelle qu’elle entretenait face au sort de la race humaine dans les films précédents. Incroyable changement de cap qui s’explique également par les nouveaux attributs que cette expérience lui auront laissés, lui faisant hériter de certaines caractéristiques de sa progéniture, se résultant à plusieurs moments en une esquisse provocatrice et troublante, quoique fort habile. Cette intention vient du même coup renforcer l’image bestiale attribuée à la race humaine, venant grandement remettre en question sa position face à son adversaire. Le ton du film se veut donc beaucoup plus cynique que par le passé, impression qui se sent jusque dans les dialogues «bédéesques» qui ont étrangement leur raison d’être. Il y règne en ce sens tout au long du film un sentiment de quasi indifférence face au sort de l’être humain dont son acharnement à vouloir jouer les créateurs, discours soutenu par diverses références religieuses, est dénoncé non pas encore par une quête cherchant à en empêcher les effets, mais plutôt par une arrogance face aux inévitables conséquences.

Alien Resurrection est donc un de ces films dont il faut savoir s’imprégner de l’idée de départ pour être en mesure d’en apprécier les ébats à leur juste valeur. Ceux espérant la stabilisation de l’évolution de la série sur quelque chose de plus conventionnel seront encore une fois amèrement déçus. Jeunet saura néanmoins satisfaire tous les autres désirant être témoin d’une résurrection continuant ce cycle, appuyée par la signature visuelle unique du réalisateur, donnant à son oeuvre une allure se rapprochant énormément de celle d’une bande dessinée. Impression tout aussi présente au niveau des personnages et de l’action en soi. Un effort pas nécessairement utile pour la première trilogie, mais un départ qui pourrait s’avérer prometteur si cette tournure se concrétise ingénieusement en idées nouvelles. Espérons que le prochain regard porté vers le projet sera celui d’un réalisateur de talent. David Cronenberg par exemple...




Version française : Alien: La Résurrection
Scénario : Joss Whedon
Distribution : Sigourney Weaver, Winona Ryder, Dominique Pinon
Durée : 109 minutes / 116 minutes (édition spéciale)
Origine : États-Unis

Publiée le : 1er Janvier 2005