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ALIEN³ (1992)
David Fincher

Par Jean-François Vandeuren

La plupart des séries à grand déploiement ont chacune leur canard boiteux, celui que la majorité des spectateurs et fans rejettent pour vanter le mérite des précédents opus souvent beaucoup plus accessibles. Mais parfois, une telle attitude est franchement non-justifiée. L’entrée dans la série Alien de l’épisode du réalisateur David Fincher avait de quoi à en offusquer plus d’un. Après que James Cameron ait métamorphosé un film proprement dit de science-fiction baignant dans la suggestion et dans une ambiance lente et macabre développée avec finesse en une guerre mettant aux prises soldats et leur arsenal de pointe avec ces étrangers en nombre incalculable, suivant les logiques de la formule du sequel, Fincher prenait la série en main, non pas pour continuer ce que son prédécesseur avait amorcé, mais pour en faire un drame d’horreur baignant dans le psychologique. Tournure inattendue trop souvent sous-estimée, Alien³ pourrait bien être en fait l’épisode le plus accompli d’une saga incontournable.

Les marines n’y sont plus, les armes non plus d’ailleurs. De l’équipe du précédent épisode ne reste que Ripley et un androïde Bishop en bien mauvaise posture. Une anomalie s’étant produite alors qu’ils étaient en hyper-sommeil, une capsule de secours les éjecta pour les emmener sur une planète où se trouve une prison pour les pires criminels de la Terre, tuant lors de l'écrasement les autres survivants. Il ne faudra pas grand temps pour que l’héroïne se rende compte que son cauchemar n’est pas encore tout à fait terminé, même qu’elle et son ennemi juré sont tranquillement en train de ne faire qu’un.

D’ordinaire, quand vient le temps d’analyser une trilogie, surtout au niveau des films d’action et de science-fiction, on se rend vite compte dans la majorité quasi totale des cas que le récit suit un schéma bien défini. Tout d’abord, on introduit les personnages et les enjeux, par la suite les premiers affrontements se produisent pour nous amener inévitablement à une grande bataille finale où les héros en sortent vainqueurs. Ce que nous propose la vision de Fincher et qui fait par la même occasion bifurquer la série du schéma habituel est que dans ce troisième épisode, on nous offre plutôt une synthèse psychologique par rapport au personnage de Ripley. Depuis des dizaines d’années elle erre dans l’espace par la faute de cet étranger. Elle n’a plus de famille, plus de chance de s’identifier à un idéal ou à la vie en soi. Quelle bonne idée de réunir les deux ennemis dans le seul et même corps dans ce qui devait être à l’origine le dernier épisode de la saga. Comment fait-on rage sur un ennemi tant redouté quand tout ce qui a été craint depuis si longtemps se retrouve à l’intérieur de nous? Cet aspect est formidablement amené lorsque l’étranger en nombre unique dans cet opus refuse de tuer Ripley malgré ses multiples tentatives de suicide «assisté». Voilà ce qu’a à offrir en fait le scénario du troisième volet. Décevant si vous vous attendez à beaucoup plus d’action qu’Aliens, grandement satisfaisant si vous souhaitez un film qui réussit à sortir du cadre traditionnel des genres qu’il aborde pour se concentrer plutôt sur les personnages et une approche plus approfondie en terme de l’exploitation de l’environnement et des thématiques portant sur l’être humain. La tradition de la série à être non répétitive au niveau du choix des genres se définissait réellement ici.

Voilà donc les forces principales et grandement inexplorées d’Alien³. Épisode beaucoup plus psychologique où les gadgets, les armes, les soldats aux gros bras sont mis de côté pour laisser place à quelque chose de beaucoup plus modeste. Pour son premier essai au grand écran, David Fincher réussira à convaincre ceux pour qui l’aspect visuel veut encore dire quelque chose. Énormément de très beaux plans et de compositions d’images à se mettre sous la dent ici. Du très bon travail. Une réalisation et un montage qui réussissent aisément à soutenir une atmosphère déjà bien manipulée au niveau de l'écriture créant un univers armonisant tension à une touche quelque peu déprimante. Quelques mots en terminant pour souligner également la bonne performance des interprètes, Sigourney Weaver demeure incroyable dans le rôle auquel elle sera surement associée pour encore bien longtemps, et à un orchestre derrière une exquise trame sonore.

Bref, derrière une réputation peu éloquente se trouve un véritable bijou de science-fiction. S’il s’agit bien souvent d’un genre qui se ridiculise facilement, il est bien étrange que pour une fois où l’on nous offre un essai beaucoup plus songé et stylisé, la masse aura décidé de bouder le résultat. Je ne peux pas vous garantir hors de tout doute que le film va vous plaire autant qu’à moi, mais je peux tout de même affirmer qu’il s’agit ici d’une production beaucoup plus riche que la plupart ne le prétendent. Reste à savoir si vous allez y trouver un centre d'intérêt assez fort pour l’apprécier. Un film qui demande un certain effort et qui doit être capté d’un regard différent. La sublime naissance d’un des artisans qui allait rapidement devenir un des plus influants de sa génération. La conclusion idéale de ce qui fut jadis une trilogie.




Version française : Alien³
Scénario : Vincent Ward, David Giler
Distribution : Sigourney Weaver, Charles Dance, Paul McGann, Brian Glover
Durée : 114 minutes / 145 minutes (Director's cut)
Origine : États-Unis

Publiée le : 22 Septembre 2003