A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z #
Liste complète



1 - Chef d'oeuvre
2 - Remarquable
3 - Très bien
4 - Bon
5 - Moyen
6 - Mauvais
7 - Médiocre



Cotes
Décennies
Réalisateurs
Le Cinéma québécois
La Collection Criterion



2003
2004
2005
2006
2007
2008



Amazon.ca

300 (2007)
Zack Snyder

Par Jean-François Vandeuren

Cela fait déjà quelques années que la grosse machine hollywoodienne est prise dans une impasse dont elle tarde à se sortir. Elle dut d’autant plus s’avouer vaincue devant l’ascension fulgurante du jeu vidéo qui réussit à lui damer le pion pour devenir le média de divertissement le plus lucratif sur le marché mondial. Tentant désespérément de se réapproprier la part du gâteau qui venait de leur filer entre les doigts, les grands studios américains se tournèrent vers différentes formes d’art et autres sources d’intérêt extérieures, dont la bande dessinée, pour ramener tout ce beau monde dans les salles de cinéma. Après une suite d’essais et d’erreurs plus ou moins concluants, 300 s’annonçait comme le spectacle exubérant qui permettrait à Hollywood de reconquérir le marché des 18 à 35 ans. Le temps était d’autant plus rêvé pour adapter le roman graphique de Frank Miller vue la popularité dont ce dernier jouit depuis la première adaptation cinématographique de ses histoires de Sin City. S’il est vrai que le second long-métrage de Zack Snyder aurait eu davantage sa place sur une console de jeu vidéo que sur de la pellicule, l’entreprise marque tout de même l’occasion pour la ville reine du divertissement de refaire une vive démonstration de ses dernières prouesses en matière de technologies numériques et de réaffirmer haut et fort que la place d’un produit de cette ampleur demeure sur un écran de cinéma et non celui d’un téléviseur.

Le film de Zack Snyder recréé ainsi assez librement la célèbre bataille des Thermopyles au cours de laquelle le roi Léonidas et 300 machines de guerre spartiates se sacrifièrent pour repousser les armées du puissant souverain perse Xerxès. Un geste héroïque qui inspira les cités grecques à s’unir pour combattre l’empire achéménide. Mais contrairement à la dernière vague de péplums hollywoodiens où la technologie et des budgets faramineux étaient mis au service de l’histoire, 300 n’en a que faire de l’exactitude historique et met plutôt l’accent sur le sang, la barbarie, des créatures plus étranges les unes que les autres et une avalanche de répliques qui n’auraient pu être plus pompeuses. Comme pour Sin City, la majorité des environnements dans 300 sont le fruit d’images de synthèse, lesquelles vibrent ici aux couleurs de la flamboyante direction photo de Larry Fong. Aux commandes de cette méga production, Snyder s’avère à la hauteur de la tâche qui lui fut confiée et signe une mise en scène dont la désinvolture est parfaitement assumée. Il ressort de ses élans tapageurs une facture plastique complètement artificielle qui flirte évidemment dangereusement avec la bande dessinée et dont l’abondance de ralentis souligne avec une force de frappe considérable les moindres actes de violence et de bravoure, lesquels sont évidemment omniprésents dans 300.

Il est toutefois dommage que l’acharnement de Snyder et de son équipe sur le plan esthétique ait été fait au profit d’un scénario aussi peu substantiel. Le cinéaste américain nous sert ainsi une imposante scène d’action marquée de quelques pauses plus ou moins bien huilées, alimentant pour la plupart une intrigue politique qui fut littéralement agrafée au récit original. Évidemment, le développement des personnages souffre aussi de la minceur du projet sur papier. Mais ce détail n’empêche toutefois pas une distribution menée par l’électrisant Gerard Butler de camper de manière énergique et fort charismatique ces guerriers unidimensionnels assoiffés de sang et de liberté. Le film possède d’ailleurs une saveur politique qui a tendance à devenir un peu amère vue la situation plutôt tendue sur la scène internationale avec laquelle le pays de l’Oncle Sam doit composer depuis le début du nouveau millénaire. Si les rapprochements entre le film de Snyder et certains conflits actuels auraient pu s’avérer superflues, 300 prend malgré tout les allures d’un pamphlet en faveur de la guerre de par la façon dont il traite le rôle du soldat tout en scandant des slogans que l’on a pu entendre souvent à la télévision américaine ces dernières années tel l’inévitable « freedom isn’t free ». Il faut dire que Snyder nous avait déjà fait nager dans les mêmes eaux troubles dans son remake du Dawn of the Dead de George A. Romero alors qu’il nous soumettait au discours d’un prêtre s’exclamant contre l’homosexualité et l’avortement sans jamais vraiment prendre position face aux dires de son personnage.

La popularité de Frank Miller est basée en soi sur l’habileté de ce dernier à rassembler en un tout stimulant un impressionnant bagage d’influences tout en écartant à tout coup les éléments jugés inutiles. C’est encore une fois le cas ici alors que l’artiste américain ne se complique pas la vie avec l’abondance de détails entourant ce fait d’arme figurant parmi les plus célèbres de l’histoire antique pour retenir que les points nécessaires à la création d’un festin épique flirtant souvent avec le grotesque auquel la réalisation de Zack Snyder rend parfaitement justice. Il est simplement dommage de constater que le cinéaste américain et ses co-scénaristes Kurt Johnstad et Michael Gordon n’aient pas cherché à aller au-delà des croquis de Miller pour ajouter un peu de chair autour de l’os au lieu de la mutiler à tout bout de champ. Snyder signe ainsi un spectacle tonitruant qui a été mis sur pied que dans le but d’assouvir nos pulsions sadiques et de nous faire revivre une certaine époque où nous ne pouvions qu’être fascinés sans demander notre reste par ce genre de divertissement tape-à-l’œil et ultra violent. Mais l’enfant en nous a fini par grandir. Et même si les litres de sang déferlent à l’écran par milliers, l’entreprise de Zack Snyder et Frank Miller ne se veut finalement qu’un autre produit surchargé dont on se délecte niaisement pendant près de deux heures pour ensuite passer à autre chose.




Version française : 300
Scénario : Zack Snyder, Kurt Johnstad, Michael Gordon, Frank Miller
Distribution : Gerard Butler, Lena Heady, Dominic West, David Wenham
Durée : 117 minutes
Origine : États-Unis

Publiée le : 17 Avril 2007