L'équipe

RIDM : Red Shirley
22 novembre 2010 - 22 h 53

Réalisation : Lou Reed & Ralph Gibson
Origine : États-Unis
Année : 2010
Cote : 6

Par Maxime Monast

Le nom du coréalisateur seulement attirera la majorité du public à un visionnement du court métrage Red Shirley. En effet, Lou Reed (tête d'affiche du groupe mythique The Velvet Underground) tente sa chance, avec l’aide du photographe Ralph Gibson, dans le septième art. Son sujet? Le membre le plus âgé de sa famille. Nous assistons ici à une leçon d’histoire, condensée et très personnelle, donnée par sa tante centenaire Shulamit Rabinowitz. Son parcours, de la Pologne jusqu’au Canada en passant par les États-Unis, dresse le portrait d'une femme extraordinaire dotée d'un courage inné. Elle raconte candidement que ces années de transition et d'adaptation furent très difficiles. Elle arrive en Amérique du Nord pendant la Première Guerre mondiale pour s’installer à New York. Elle ne parle pas l’anglais et ne connaît presque personne. Mais elle persévère. Elle travaillera pendant plus de quarante ans dans une usine de textile; tous ces obstacles ne semblent pas l’avoir affaiblie. Une femme forte nous est présentée dans cette entrevue dirigée par Reed. L’intérêt pour Red Shirley, qui aura commencé par « le film de Lou Reed », se transforme aisément dès nos premières minutes en compagnie de cette dame.

Il serait bête de ne pas explorer les facettes de la vie de madame Rabinowitz à travers des événements historiques majeurs. Même si le récit touche à ces grands moments (les deux Guerres mondiales, entre autres), il est fascinant d'associer de l’importance à la vie de cette dame. Ce récit plus personnel et unique, de manière comparative à l'Histoire générale, nous parait plus précis et instructif que ce que les documents nous révèlent réellement.

Les gens ayant vécu ses moments sont acteurs et décideurs dans leur déroulement. Même si ces choix de vie n’ont pas un impact direct sur ceux-ci, Shulamit Rabinowitz fait partie d’une source importante d’information oubliée par l’Histoire. Red Shirley, comme oeuvre, existe pour relayer cette forme d’information. Son fil conducteur, ce sont les anecdotes de cette dame. Ils transcendent le carcan rigide de l'histoire. Ils sont plus intimes et émotifs que n'importe quelles statistiques. De manière implicite, le duo édifie un récit riche et généreux. Le concept de Red Shirley, vaste et captivant, appuie ainsi parfaitement le côté fascinant de son sujet.

Magnifiquement tourné - et accompagné musicalement par Metal Machine Trio -, doté d’un regard intimiste, Red Shirley se concentrent sur les paroles de son sujet, comprenant que seul son récit est important - sa persévérance, sa détermination. Ce sont ces deux qualificatifs qui attirent les réalisateurs vers son histoire. Ce sont les mêmes motivations qui ont d’ailleurs poussé Michel Gondry à faire son essai familial L’épine dans le coeur. Red Shirley traverse ainsi la Pologne, la jeune Amérique, la marche sur Washington, les grands couturiers… Le parcours est long, même s’il n’aura fallu que quelques minutes pour nous le raconter.

Capsule publiée dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal 2010.

RIDM : Machete Maidens Unleashed
18 novembre 2010 - 15 h 50

Réalisation : Mark Hartley
Origine : Australie
Année : 2010
Cote : 6

Par Alexandre Fontaine Rousseau

Le sous-genre du documentaire sur le cinéma demeure un vrai gagnant. Les anecdotes jutent généreusement, les intervenants s'enthousiasment sans peine et les images ne manquent naturellement pas. Si, de surcroît, le documentaire en question s'intéresse à un sous-genre juteux et enthousiasmant, le plaisir du spectateur s'avère presque assuré. Après nous avoir fait le coup avec Not Quite Hollywood: The Wild, Untold Story of Ozploitation!, Mark Hartley réitère avec ce Machete Maidens Unleashed traitant du merveilleux monde du cinéma d'exploitation philippin des années 60 et 70. Nouveau pays, même structure d'ensemble : à l'aide d'un montage dynamique alternant entre une série d'entrevues et les extraits réjouissants d'oeuvres diverses avec la rapidité ahurissante d'une bande-annonce, le cinéaste évoque le doux souvenir d'une époque où un bel arrière-plan de jungle et quelques fortes poitrines mises en valeur suffisaient pour que l'on ait entre les mains les bases d'un honnête succès de série B.

On nous bombarde alors d'images saugrenues et intrigantes, d'histoires de cascades rocambolesques et d'effets pyrotechniques qui auraient pu mal virer et le tour est, pour l'essentiel, joué. Que demander de plus? Les Joe Dante, John Landis et autres Roger Corman expliquent comment l'Amérique en est venue à s'approprier ce petit pays pour y tourner à rabais ses productions de goût douteux; c'est drôle, éducatif, aussi amusant et bien moins interminable qu'une soirée passée entre amis à se farcir lesdits bijoux du cinéma de fond de poubelle. Au passage, on effleure quelques questions d'ordre éthique, on glisse une référence étonnante à la grande histoire du septième art (dans le cas présent à Apocalypse Now, tourné aux Philippines) et on obtient au final un objet parfaitement ludique qui satisfait notre curiosité ainsi que notre infini désir d'érudition.

Bref, si le sujet vous intéresse, vous prendrez un malin plaisir à visionner ce Machete Maidens Unleashed qui, comme vous, se régale de ce genre de récits et se complaît consciemment dans une certaine nostalgie, mais le fait toujours avec une passion contagieuse. Les cinéphiles de fond de sous-sol en auront pour leur argent et noterons assidument les titres de leurs nouvelles futures oeuvres cultes, qu'ils se feront ensuite un plaisir de dénicher Dieu seul sait où. Les autres trouveront le tout fort agréable, parce que franchement bien ficelé, mais oublierons vite jusqu'à l'existence de T.N.T. Jackson, de The Big Doll House ou de la trilogie des Blood Island. Ça reste après tout insulaire, comme obsession, le cinéma d'exploitation philippin des années 60 et 70.

Capsule publiée dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal 2010.

RIDM : La nuit où Pasolini est mort
11 novembre 2010 - 11 h 17

Réalisation : Roberta Torre
Origine : Italie
Année : 2009
Cote : 5

La nuit où Pasolini est mort de Roberta Torre est une annexe à l'histoire du réalisateur italien. Plusieurs années après sa mort, son assassin brise enfin le silence pour révéler ce qui s'est réellement passé. Pino Pelosi est accusé du meurtre de Pasolini en 1975, l’ayant battu à mort avant de passer sur son corps avec la voiture du réalisateur de Mamma Roma et Salò. Ceci n'a rien de nouveau. Par contre, Pelosi plaide qu'il a été forcé de prendre le blâme pour ce crime haineux. Une demande faite par les frères Borsellino, qui auraient des liens avec des organisations fascistes. Sa confession tardive fait l'objet de La nuit où Pasolini est mort. Le seul problème est bel et bien le but de cet exercice et la tournure qu'il finit par prendre.

Lorsque nous mentionnons que ce récit est une annexe, nous voulons parler de sa forme. Dans le cas présent, nous n’avons droit qu’à une partie minime d'un plus long film. L'entrevue de Pelosi aurait dû faire partie d’un documentaire sur ce maître du cinéma italien. Dans son état actuel, elle est embryonnaire et quasiment inefficace. D'une durée de vingt minutes, l’entretien est entrecoupé d'images de paysages bucoliques et d'analyse des preuves matérielles du meurtre. Bref, le caractère complémentaire de ce court métrage est on ne peut plus flagrant. Nous assistons pratiquement à du remplissage durant un témoignage qui semble alors se répéter et s'étirer en longueur.

Roberta Torre choisit d’articuler son documentaire autour des paroles de Pelosi. Mais quel est l’objectif de ce choix? En lui laissant expliquer sa relation avec Pasolini, le sujet de leur rencontre et « sa » version des faits, Torre se retire de la ligne éditoriale de son film. Elle ne semble pas poser de jugement. Le tout nous paraît plutôt comme une plaidoirie de la part de Pelosi. En prison depuis déjà trente ans (et suite à la mort de plusieurs des « vrais » meurtriers), il se sent à présent obligé de corriger l’histoire. Mais La nuit où Pasolini est mort ne répond pas à la question qui brûle nos lèvres : Pelosi est-il vraiment innocent? Elle demeure plutôt dans notre imaginaire, comme les oeuvres de Pier Paolo Pasolini. (MM)

Capsule publiée dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal 2010.

Cinemania : Un homme qui crie
7 novembre 2010 - 11 h 56

Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun
Origine : France, Belgique, Tchad
Année : 2010
Cote : 7

Un homme qui crie a comme théâtre les tumultes vécus par le Tchad au cours des deux dernières décennies. Confronté à sa politique interne comme avec la Libye, le pays est en crise et c’est de cette crise que Mahamat-Saleh Haroun décide de nous entretenir 90 minutes durant. À travers les yeux d’un ancien champion olympique devenu employé d’une piscine, l’oeuvre se construit autour d’une série de « fins ». Fin de son emploi, de sa vie, d’une époque, nous regardons partir au loin une certaine réalité en échange d’une autre. Nouvelle, chargée d’appareils photo numériques et d’une nouvelle femme pour son fils, seule cette dernière, chantant la tradition, survient comme espoir d’un peuple à faire cohabiter héritage et jeunesse, renouveau et renouvellement.
 
En ce sens, « un homme qui crie n’est pas un ours qui danse », dit le poète Aimé Césaire et il n’est pas question, dans cette représentation d’une transition vivante aux multiples facettes complexes, de simplifier l’état du Tchad par le simple art du spectacle, celui qu’a choisi Haroun pour nous donner des nouvelles de chez lui, nous faire un état du monde. Son film se dote d’une forte puissance visuelle gérant les allers et retours entre la retraite de son protagoniste dépassé et l’extérieur. Le monde uni et apaisant des premières scènes se scinde peu à peu sous notre regard bafoué, sans trop crier, sans trop singer. C’est dans cette désintégration tranquille que Haroun remporte le pari, oeuvre dans le sens du maître cinéaste Ousmane Sembène comme tant d’autres ont espéré, mais où lui a réussi... avec une esthétique si réfléchie qui lui est propre et que l’on ne saurait lui reprocher. (MLG)

Capsule publiée dans le cadre du Festival de films francophones Cinemania.

Cinemania : L'arbre et la forêt
6 novembre 2010 - 19 h 16

Réalisation : Olivier Ducastel & Jacques Martineau
Origine : France
Année :2010
Cote : 6

Quelque part en Alsace, dans son vaste domaine entouré d’hectares de bois, Frédérick s’arrête. Un grand chien noir avance vers lui, le pas pressé, et le fixe. L’échange est bref, mais il suffit à ébranler Frédérick. Il nous faudra attendre avant de comprendre que ce chien, c’est celui du camp dans lequel il a été déporté en 1941; mais plus encore, c’est le poids d’un souvenir transformé par la bienséance. Car derrière l’Histoire que l’on transmet au fil des générations se cache une mémoire que la fabulation dépasse. Et ce n’est qu’ainsi qu’il faut voir l’arbre quinquagénaire planté face au domaine, érigé comme la trace indéfectible d’une vérité que le mensonge ne saura étouffer. Un arbre droit et silencieux, comme l’est Frédérick, qui cache une forêt aussi profonde et mystérieuse que celles de Wagner, dont la tétralogie, que le personnage arrache aux nazis, bat l’élégante mesure d’un film dont la mélancolie gèle les cadres. C’est dans l’intimité d’un drame familial, et par la justesse de l’interprétation de Guy Marchand et de Françoise Fabian, que les réalisateurs Olivier Ducastel et Jacques Martineau mêlent avec respect et retenu la petite Histoire à la grande, la tragédie à la grâce. (EF)

Capsule publiée dans le cadre du Festival de films francophones Cinemania.

Cinemania : Partir
6 novembre 2010 - 19 h 14

Réalisation : Catherine Corsini
Origine : France
Année : 2009
Cote : 6

L’adultère est, et sera fort probablement toujours, un thème récurrent au cinéma, en particulier pour les artisans de l’Hexagone qui, chaque année, en font la préoccupation première de plusieurs de leurs productions. Quelques cinéastes français se seront d’ailleurs intéressés au sujet au cours de la dernière année en optant pour une approche qui se reflétait souvent d’un effort à l’autre. Nous pensons notamment au Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé ou encore au film Les regrets de Cédric Kahn, dans lesquels il n’était pas simplement question de la naissance d’une idylle en périphérie du domicile conjugal alors que cette relation s’avérait également annonciatrice d’un profond désir de changement dans la vie du protagoniste.

Contrairement à ses prédécesseurs, Catherine Corsini nous expose, avec ce nouveau film au titre particulièrement évocateur, à une telle histoire d’amour (impossible) par l’entremise d’un point de vue purement féminin, et d’une mise en scène nettement plus incisive. La nouvelle vie à laquelle aspirera Suzanne (Kristin Scott Thomas) lorsqu’elle fera la connaissance de son bel espagnol (Sergi López) ne se déroulera donc pas tout à fait comme elle l’avait imaginée. Voyant les portes se refermer une après l’autre autour d’elle, la mère de famille réalisera qu’il est impossible de ne vivre que d’amour et d’eau fraîche. Ainsi, avec Partir, la réalisatrice française orchestre une lente descente aux enfers où les émotions sont toujours à fleur de peau, enivrantes, impitoyables et impossibles à cacher, rendues à l’écran par une distribution de premier ordre complétée par un Yvan Attal se retrouvant ici dans la peau d’un personnage aussi attachant qu’abject. (JFV)

Capsule publiée dans le cadre du Festival de films francophones Cinemania.

FNC : Diplomates à la tomate
25 octobre 2010 - 21 h 14

Réalisation : Samba Félix Ndiaye
Origine : Sénégal
Année : 1989
Cote : 8

L’image d’un vieil homme découpant des canettes d’aluminium Coca-Cola ouvre le film. Son triage surprend, les plans qui lui succèdent dévoilent peu à peu les différentes étapes d’une chaîne de montage dont le produit fini nous est toujours inconnu. Une poignée de cuir, des canettes de tomates, des languettes de bois taillées, on voit là d’abord l’effort collectif d’un groupe s’affairant dans le quotidien d’une ville sénégalaise. Samba Félix Ndiaye n’explique en effet son film qu’à la mi-chemin des 12 minutes qui le composent. Le patron prend la parole. Il nous explique que nous assistons à la création de mallettes vendues un peu partout dans le pays, et surtout exportées chez de nombreux acheteurs étrangers dont les États-Unis - on parle de plusieurs milliers d’exemplaires commandés.

Ces mallettes, revendues régulièrement et objets de mode de plus en plus populaires, participent à l’économie locale de la région, question sempiternelle que le documentaire africain explore; « l’Afrique et le monde », « l’économie globale et l’économie locale » en sont les principales thématiques. Ici, le génie de Ndiaye repose sur l’attrait du sujet, le choix calme des cadres et le montage privilégiant le silence à la parole. Court métrage prenant part à la série de cinq films intitulée Trésors des ordures, le Sénégalais dépèce la canette pour la revendre à l’envoyeur. Façon de récupérer les objets du quotidien, le message acerbe envoyé par le cinéaste rappelle l’inaction des puissances d’ici ayant vu dans l’Afrique un autre marché. Ndiaye lui-même habitant en France, il faisait régulièrement l’aller-retour contrastant entre Paris et Dakar tout comme son Diplomates à la tomate qui contient toute l’Afrique, toute sa tragédie économique contrebalancée par l’ingéniosité des hommes qui vendront à l'étranger colonisateur sa propre marchandise. À la recherche d’un équilibre entre des nations d’une richesse extrême et d’autres d’une pauvreté tout aussi extrême, le documentaire de Ndiaye se joue dans le plan et non le montage.

Sous nos yeux, les canettes de Coca-Cola se transforment en valises. Sous nos yeux, l’artisan mets la touche finale à son produit au look rétro. Le montage du cinéaste ne fonctionne pas par opposition, mais bien par superposition des arguments. Non pas manipulateur des faits, il se fait plutôt démonstrateur patient, laissant aux travailleurs le temps de démontrer au spectateur la prouesse de leurs mains et l’intuition qui les conduisit à cette porte de sortie. Sous nos yeux, car c’est un travail sur lequel on ne prend que rarement la peine d’abaisser notre regard. Il nous est donné de comprendre les aboutissants de ce marchandage, bien que ce soit aussi de nous dont il est question dans l'ouverture au dialogue. Eux, ils sont diplomates, individus cherchant à s’approcher de l’ »ennemi » qui les a toujours tenus en otages. On nous invite donc à voir les dessous du marché étranger, la genèse d’une initiative et la façon dont les trois tiers du monde pourraient se niveler. Rarement aura-t-on vu synthèse aussi rigoureuse et concise. (MLG)

Capsule publiée dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2010.

FNC : L.A. Zombie
25 octobre 2010 - 20 h 29

Réalisation : Bruce LaBruce
Origine : États-Unis, Allemagne
Année : 2010
Cote : 2

Ne reculant devant rien pour satisfaire par procuration votre curiosité intellectuelle, votre dévoué serviteur s'est aventuré dernièrement dans une salle de cinéma où l'on présentait L.A. Zombie du cinéaste torontois Bruce LaBruce. Vous vous demandez sans doute à quoi peut bien ressembler un porno gay expérimental arborant un titre aussi évocateur, sans trop oser le demander. Votre profond désir de vivre l'ensemble des possibles de l'expérience humaine vous pousse à vous poser la question, mais une indicible crainte vous retient d'embrasser l'inconnu par vous-même. Voici donc le moment où entre en scène le vaillant journaliste, allant là où le fidèle lecteur hésite à mettre le pied. Quel honorable sens du sacrifice! Quelle admirable dévotion à la cause de l'information! Vraiment, vous êtes choyés de nous avoir à votre disposition.

L'expérience ayant été vécue, les 63 minutes traversées et le cobaye enfin de retour devant son clavier, voici donc venu le tant attendu temps du compte-rendu. La conclusion? L.A. Zombie, c'est exactement ce à quoi vous vous attendiez. Ni plus, ni moins. C'est l'histoire d'un zombie musclé (François Sagan, dont Christophe Honoré a lui aussi exploité la découpe de culturiste dans son tout récent Homme au bain) qui ressuscite des gens grâce aux mystérieux pouvoirs de son pénis magique. C'est plutôt mal filmé, ça consacre une bonne partie de sa durée réduite à des scènes de baise où les corps sont généreusement maculés de sang et, au bout du compte, ce fluide corporel-là se mélange sans problème à un autre qu'il est inutile de nommer. Certains des hommes portent du cuir. D'autres ne portent rien. Notre zombie, dans une scène d'anthologie, va boire un café dans un restaurant qui vend aussi des beignes. Il ne prend pas de beigne.

Voilà, on pourrait en gros s'arrêter là. Il n'est pas vraiment nécessaire d'en dire plus. J'aimerais vous surprendre, vous annoncer que derrière cette abondante exposition de chair mâle et d'érections tuméfiées se cache une critique subversive, une étonnante comédie trash ou autre chose qui pourrait vous intéresser. Mais L.A. Zombie n'est pas cette brèche révolutionnaire par l'entremise de laquelle la porno gay underground d'art et d'essai fera subitement fureur auprès d'un nouveau public friand d'originalité filmique. C'est une production vidéo tout ce qu'il y a de plus ordinaire, sclérosée par un recours systématique à ce bon vieux fondu au noir. Ça pourrait être amusant, compte tenue de la nature hautement farfelue de la prémisse, mais ça ne l'est pas vraiment. Ça manque d'imagination, c'est somme toute plutôt convenu. Peut-être est-ce utile pour relancer la conversation, entre deux autres films en temps de festival : « ah oui, moi j'ai vu le film de zombies gay. » Mais invariablement, la discussion se termine toujours de la même façon : « bof, ce n'était pas très bon. » Alors, à quoi bon? (AFR)

Capsule publiée dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2010.

FNC : Colorful
25 octobre 2010 - 20 h 19

Réalisation : Keiichi Hara
Origine : Japon
Année : 2010
Cote : 5

Un homme (ou peut-être une femme) se retrouve dans l’entremonde. Nous observons cet étrange endroit à travers son regard, contemplant ces êtres ayant récemment rendu l’âme en train de faire la file comme s’ils s’apprêtaient à effectuer un dernier voyage en train. Désorienté, l’individu en question fera ensuite la rencontre d’un guide aux allures de jeune écolier qui lui annoncera en grande pompe qu’il se mérite une ultime chance de sauver son âme, mais qu’il doit, pour ce faire, retourner à la vie à l’intérieur du corps de quelqu’un d’autre. C’est que notre protagoniste aurait commis un crime terrible juste avant sa mort et le but de l’exercice consisterait à utiliser ce retour sur Terre pour aider le principal intéressé à se souvenir du méfait en question. Ce dernier devra donc passer un séjour dans la peau d’un étudiant s’étant récemment suicidé pour des raisons qui, encore là, échapperont complètement à notre entité « en mission ».

Notre « héros » devra ainsi tenter de comprendre l’univers de l’individu dont il vient d’hériter des traits en se fondant parmi les siens. Le problème, c’est que ce dernier affichera un caractère de plus en plus désobligeant face à ses (nouveaux) semblables. Figure importante du monde de l’animation japonaise, Keiichi Hara tente d’aborder avec cette adaptation des écrits d’Eto Mori la dure problématique du suicide chez les jeunes. Mais si le scénario de Colorful se révèle, certes, intrigant au premier coup d’oeil, l’ensemble subit des changements de ton beaucoup trop radicaux en cours de route pour que la progression de l’histoire et des personnages puisse se faire naturellement et que le message véhiculé par l’effort (aussi important soit-il) puisse passer sans que le tout ne paraisse terriblement forcé. Nous devrons ainsi passer à travers un récit peu stimulant et des plus prévisibles en compagnie d’un protagoniste particulièrement déplaisant simplement pour arriver à cet inévitable point de rupture où ce dernier prendra subitement conscience de ses torts et cherchera finalement à accomplir ce qui lui avait été commandé.

D’entrée de jeu, Keiichi Hara et son équipe auraient dû se faire un devoir de traiter de questions aussi épineuses avec beaucoup plus de tact et d’empathie. Au lieu de cela, ces derniers finissent bien souvent par négliger certaines pistes dramatiques pourtant tout ce qu’il y a de plus substantielles au profit d’un discours beaucoup trop naïf sur l’importance de cultiver le bonheur à partir des plus petites choses de la vie. Le tout a évidemment pour effet de noyer l’initiative dans une guimauve indigeste et particulièrement inefficace. Le résultat s’avère d’autant plus décevant lorsque nous tenons compte des paysages à couper le souffle qui avaient en soi tout pour stimuler cette approche introspective et spirituelle vers laquelle tend continuellement Colorful. Dommage que l’opus de Keiichi Hara s’entête à ce point à employer les pires stratagèmes et à mettre en scène une avalanche de séquences larmoyantes manquant cruellement de naturel pour arriver à ses fins. (JFV)

Capsule publiée dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2010.

FNC : La femme sans piano
20 octobre 2010 - 17 h 12

Réalisation : Javier Rebollo
Origine : Espagne
Année : 2009
Cote : 4

Rosa (Carmen Machi) est prise dans le quotidien d’une femme au foyer. Oui, elle travaille comme esthéticienne, mais elle ne ressent pas ce que ce genre de femmes vivent. Pour contrer ce spleen et l’évidente distanciation de son mari Francisco (Pep Ricart), elle décide de partir à l’aventure. Elle prépare ses valises et se dirige à la gare. Destination : inconnue. Par contre, on comprend très vite que ce départ est plus théorique que réel. Elle ne sait pas trop quoi faire. Elle laisse ses rencontres au cours de cette longue nuit la guider. C’est d’ailleurs en compagnie d’un jeune Polaque du nom de Rdek (Jan Budar) qu’elle finira par vivre cet exil.

Certes, le ton et le rythme de La femme sans piano est étrange. Les silences remplissent les scènes et les regards sont toujours malaisés. La longueur des plans est problématique de par leur interminable durée. Par contre, ces éléments sont assumés et forment l’essentiel de ce long métrage de Javier Rebollo. Ce dernier est en contrôle de sa prémisse. La maitrise de la mise en scène est flagrante. C’est en fait dans cette idée que l’on peut ressentir un détachement par rapport au récit. Nous en sommes si éloignés que chaque événement apparaît comme la découverte d’un extraterrestre. Le tout est d’une étrangeté percutante. Mais ce concept de détachement a déjà été exploré avec succès dans d’autres films contemporains. L’oeuvre de Roy Andersson en témoigne. Le réalisateur suédois prend le temps de nous immerger dans un monde parfaitement orchestré et drôlement divertissant. L’humour fait partie intégrante du concept. Malheureusement, dans ce récit, la banalité véhiculée par le quotidien de Rosa provoque peu de gags, alors que ces rencontres en soirée sont beaucoup plus intéressantes. Jan Budar, confus et probablement lobotomisé, excelle alors dans la peau de ce jeune électricien et dynamise le cours du récit. Mais ce n’est malheureusement pas assez pour sauver les meubles.

Dans la même optique, le personnage de Rosa, charmante dans ce silence timide, galvanise le récit avec une force impressionnante. Héroïne de cette histoire, elle est pourtant spectatrice comme nous. Elle assimile l’information. Son passé, ses peurs et ses ambitions ne font pas partie de son être. Même s’ils sont la cause de son départ, elle ne les dévoile jamais. Rebollo choisit de la dénuer de tous précédents : comme nous, elle part à la découverte. Par contre, ce procédé est biparti. D’une part, personne ne prend vraiment les rennes de cette aventure pour nous guider. D’un autre côté, cette technique permet de créer des liens avec la protagoniste. On se rapproche d’elle par la force des choses - et non par intérêt. La femme sans piano tente ainsi tant bien que mal de nous offrir un récit où le plaisir est dans l’incertitude. Mais, ce sentiment se transforme très vite en malaise pour ensuite finir en ruminement : pourquoi regarde-t-on encore ce film?

La femme sans piano n’est pas un exemple de « à ne pas faire ». Il est simplement une contorsion trop forte de son genre pour donner un résultat acceptable. Le regard atypique qu’il porte sur la banalité de la vie commune a déjà été exploité par d’autres artistes, et à bien meilleur escient. Même le symbolisme - cette scène où le talent de Rosa au piano est révélé - nous semble forcé. En gros, les éléments qui garnissent ce long métrage ne sont aucunement liés les uns aux autres. Un mélange inattendu de bonnes idées dans un mauvais contexte. (MM)

Capsule publiée dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2010.
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