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Human Centipede (First Sequence), The (2009)
Tom Six

La meilleure façon de marcher

Par Nicolas Krief
C’est comme si quelqu’un avait finalement osé le faire. Ce truc répugnant que quelques adolescents auraient imaginé en regardant des films gore le samedi après-midi, Tom Six l’a fait, et se prépare même à le refaire. Le Festival Fantasia, dans sa flamboyante édition 2010, nous présente cette oeuvre précédée d’une grosse réputation, notamment grâce à son étrange réception au États-Unis. Si la MPAA ne lui a donné aucune cote, c’est d’abord à cause d’un article écrit par le célèbre Roger Ebert, qui aura également permis au film de se faire remarquer en Amérique du Nord. En effet, le plus connu des critiques américains a ouvertement refusé dans son texte de donner une note (ce dernier utilise un système à quatre étoiles) à l’effort. Selon lui, The Human Centipede serait le film d’horreur dans lequel « on inflige les pires sévices aux victimes » qu’il aurait vu de sa vie. De telles affirmations ne peuvent que faire saliver les adeptes de gore et autres monstruosités. Plusieurs « fantasiens » devaient d'ailleurs prier fort pour une présentation sur grand écran de cet étrange objet.

Les atrocités débutent dans ce titre, qui peut sembler très simple au premier regard, mais qui, lorsqu’on s’y attarde un peu, devient aussi terrifiant et désagréable que le reste. Le mille-pattes humain créé par le Docteur Heiter, un spécialiste en séparation de jumeaux siamois, est constitué de trois personnes attachées par le système digestif. Heiter (Dieter Laser), archétype du savant fou, semble tout droit sorti du camp d’Auschwitz, où on l’aurait aisément vu collaborer à la création de la race arienne. À l’aide de techniques médicales avancées, il attache les trois êtres capturés par la bouche et l’anus pour faire communiquer les trois systèmes digestifs qui ne feront bientôt qu’un. Si l’on porte attention à la deuxième partie du titre, on se rend compte que ce n’est pas fini, car après une « première séquence », il y en a généralement une seconde, pour notre plus grand plaisir.

La scène la plus douloureuse n’a pourtant rien de graphique, car bien que de voir le mille-pattes en action est une chose horrible en soi, c’est la séquence d’explication qui nous est carrément infligée par le docteur qui est la plus pénible. Avec des schémas, des tableaux et un grand souci du détail, Heiter annonce son plan diabolique aux victimes ainsi qu’à nous-mêmes et c’est bien la force de ce film d’horreur singulier. On sait ce qui s’en vient, la bande-annonce et l’affiche suffisent à nous dégoûter en suggérant l’image de la fameuse bête. L’idée simple de sa conception est effrayante à souhait et dans cette séquence d’à peine quelques minutes, Tom Six nous y plonge parfaitement à l’aide d’un comédien hors pair.

Dieter Laser est plutôt actif en Allemagne; plusieurs séries télévisées et beaucoup de films depuis les années 1960. Rien n’est par contre sorti hors du pays germanique jusqu’à ce que Tom Six le révèle au monde. Sans être un Christoph Waltz, Laser reste tout de même fascinant en savant fou. Sa longue silhouette élancée et ses grands yeux vitreux suffisent à définir un archétype qui n’a nul besoin de présentation, car ses plans à la Frankenstein sont somme toute assez classiques. Bien que la créature sorte de l’ordinaire, on reste dans le film de monstre dans sa forme la plus simple. Il y a peu d’exploration et un schéma narratif déficient nuit à la terreur qu’on désire nous transmettre. On peine à voir courir les victimes, connaissant pertinemment ce qui est sur le point de se produire. On en vient à demander au cinéaste d’en venir au fait. Et le résultat laisse perplexe.

Sur quoi pourrions-nous placer le blâme de la déception des trente dernières minutes? L’amour évident de Six pour l’explicite et le cru nous empêche d’apprécier une grosse ride d’horreur épouvantable. Au lieu de la finesse qui aurait sauvé le film, Six nous impose une vision cauchemardesque plastifiée : ni marquante ni choquante, juste dégoutante. La proposition sur les mésententes communicationnelles entre les cultures (placer le japonais ne parlant pas anglais en avant de la formation), ne montre qu’une tentative ratée d’implanter de la profondeur et des réflexions au mauvais endroit au mauvais moment. Il en résulte une finale longue, peu prenante et qui n’annonce rien de bon pour la suite des choses.

The Human Centipede (First Sequence) devrait être le premier d’une trilogie. Si l’on se fie aux rumeurs qui circulent sur Internet, ce ne sera pas dans le récit, mais bien dans la forme du ou des monstres que résidera la différence avec le premier film. C’est une note médiane qui ira à l’une des grosses attentes du festival pour les fans de cinéma de savants fous. Il s’avère bien difficile de lui donner plus, puisque son mandat n’est qu’à moitié rempli. Mais, lui donner moins serait de nier ses quelques qualités, particulièrement celles d’avoir su piquer notre curiosité au plus haut point et de n’avoir laissé personne indifférent. Attendons la suite, nous verrons bien, nous verrons tout.
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Critique publiée le 22 juillet 2010.