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In Memoriam: Donald Richie

Date30 mai
Heure20 h 30
LieuCinémathèque québécoise
Donald Richie (1924-2013), cinéaste japonais

Le 18 février dernier, Donald Richie, le plus célèbre expatrié du Japon, décédait à l’âge de 88 ans. Auteur, essayiste, critique, commentateur social, Richie a exploré presque tout le paysage culturel de son pays d’adoption au fil d’une carrière de plus de soixante ans passée presque entièrement à Tokyo (un poste de conservateur au MOMA l’en éloignera de 1969 à 1972).
 
Très prolifique, Richie s’est intéressé à une grande variété de sujets : de l’architecture, la littérature classique, le voyage jusqu’aux tatouages et à la mode adolescente. Ses souvenirs de sa vie en exil volontaire, The Japan Journals: 1947-2004, commencés lors de son arrivée au Japon comme dactylo pour l’armée d’occupation américaine, forment une chronique vivante et colorée des grands changements vécus par le pays tels que vus par un étranger. Étranger qui, pourtant, demeurerait jusqu’à sa mort à la fine pointe de l’actualité culturel du pays.
 
L’importance de Richie tient à son rôle fondamental dans la présentation du cinéma japonais au public étranger à travers de nombreux articles, des analyses historiques et critiques et deux monographies sur Akira Kurosawa et Yasujiro Osu. De façon peut être inévitable, Richie devait réaliser quelques films dans les années 1960 bien que, avec sa modestie habituelle, il se soit toujours considéré comme un cinéaste dilettante.
 
De ces films en 16 et 8 mm, tournés alors que le cinéma expérimental japonais était encore à naitre, Richie a affirmé qu’ils ont été faits pour et par lui et ses amis, sans intention de les commercialiser. Toutefois, lorsque l’on considère que ses proches incluaient les réalisateurs Nagisa Oshima et Susumu Hani, le musicien Toru Takemitsu (qui a composé la musique d’Atami Blues) et l’écrivain Yukio Mishima, il n’est pas difficile de deviner l’influence qu’ils eurent sur l’avant-garde japonaise des années 1960. Mais  Richie a non seulement contribué à développer le cinéma expérimental japonais, il l’a aussi fait connaitre en Occident. En 1964, War Games (1962), tourné en collaboration avec Tatsumi Hijitaka, fondateur du mouvement de danse Butoh expérimental, a été présenté au premier Festival international du cinéma expérimental de Knokke-le-Zoute en Belgique au côté de films de Yoichi Takabayashi, Nobuhiko Obayashi et Takahiko Iimura. La délégation japonaise se mérita un prix de groupe qui entraina d’autres projections en Europe et en Amérique du Nord.
 
Rarement présentés hors du Japon depuis leur création, les films de Richie dévoilent un autre aspect de sa personnalité que celle présente dans ses écrits. Ils sont aussi un témoignage sur un temps résolu, celui d’un Japon plein d’énergie et d’optimisme où existait une volonté d’ébranler tabous et traditions et d’explorer les aspects plastiques du médium cinématographique. Les films de Richie vont ainsi du léger Boy with Cat (1967), où les tentatives de masturbation d’un jeune homme sont sans cesse interrompues par son chat, au lyrique Dead Youth (1967), médiation sur le caractère éphémère de la chaire où un groupe d’hommes fait face à la perte d’un ami. Le film est basé sur un poème de Matsuro Takahashi.
 
La poésie est d’ailleurs au cœur des films de Richie, qui les décrivait comme des ciné-poèmes par opposition aux films commerciaux liés au roman. Ils soulignent que Richie a beaucoup réfléchi dans son travail à l’esthétique et aux apparences, deux aspects qui expliquent aussi sa fascination pour le Japon. Ils nous obligent ainsi à réévaluer sa constante volonté d’être un médiateur entre l’Est et l’Ouest.

Jasper Sharp, auteur et critique
liens
Cinémathèque québécoise (site officiel)
Cinémathèque québécoise (page Facebook)

Infos pratiques

Prix
8$
Adresse
335 Boul De Maisonneuve E, Montréal, QC
(514) 842-9768